Comment l’Algérie cherche à renforcer sa relation avec les États-Unis

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Le lobbying algérien a de son côté surtout été fructueux au Sénat américain, où le projet de budget ne fait aucune mention d’un recensement et où il est au contraire accordé une aide d’1.4 million de dollars à l’Algérie pour la formation antiterroriste.

Par Yacine Babouche 

La diplomatie algérienne est en mission en vue de renforcer la relation entre les États-Unis et l’Algérie. « Ce que nous demandons aux États-Unis est comment faire en sorte que les entreprises américaines aient leur part des opportunités offertes par l’Algérie », explique Madjid Bougherra, ambassadeur d’Algérie à Washington, dans une interview publiée, lundi 8 août, par Al-Monitor. « Les portes leur sont ouvertes dans de nombreux secteurs », a ajouté le diplomate.

Les échanges commerciaux entre les deux pays se sont effondrés ces dernières années, passant de 24 milliards de dollars en 2012 à 7 milliards l’année dernière. « Économiquement, nous avions des relations plus fortes quand les États-Unis importaient des hydrocarbures d’Algérie. Malheureusement, ce n’est plus le cas depuis l’année dernière », a déploré M. Bougherra.

En plus de vouloir renforcer les échanges économiques entre les deux pays, l’Algérie cherche activement à rallier Washington à ses positions sur des questions sensibles dans la région, principalement autour du Sahara occidental. Madjid Bougherra a notamment indiqué que « l’ONU doit reconstituer sa mission au Sahara occidental, expulsée par le Maroc en mars dernier, si l’on veut éviter un conflit armé ». « La crédibilité du Conseil de sécurité en dépend. Mais aussi le futur des opérations de maintien de la paix de l’ONU », a expliqué l’ambassadeur algérien. « Si le Maroc peut [expulser l’ONU] aujourd’hui, d’autres pays feront de même demain ».

Un cabinet de lobbying pour contrer le Maroc

Afin de faire avancer sa position sur le Sahara occidental à Washington, Al-Monitor indique que l’Algérie a fait principalement appel durant la dernière décennie aux services de la firme de lobbying Foley Hoag. Le lobbying effectué par deux lobbyistes a coûté 420 000 dollars en 2015 à l’Algérie. Un montant cependant dérisoire par rapport au lobby effectué par le Maroc, qui dépense une somme presque dix fois plus importante, souligne la même source.

Le lobbying marocain a notamment été responsable de l’inclusion d’une disposition dans le projet de budget américain de la Chambre des représentants faisant pression sur l’Algérie pour effectuer un recensement dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf. Une disposition qui a suscité la « profonde déception et inquiétude » de l’ambassadeur algérien.

Le lobbying algérien a de son côté surtout été fructueux au Sénat américain, où le projet de budget ne fait aucune mention d’un recensement et où il est au contraire accordé une aide d’1.4 million de dollars à l’Algérie pour la formation antiterroriste. Un montant de 100 000 dollars supérieur à la proposition du président américain Barack Obama, accordé par le Sénat en reconnaissance des « contributions de l’Algérie dans la lutte contre l’extrémisme dans la région ».

Liste noire

L’autre point majeur sur lequel la diplomatie algérienne souhaite influer les États-Unis est la présence de l’Algérie depuis 2011 sur la liste noire des pays concernant la traite d’êtres humains. L’Algérie est en effet classée dans la catégorie 3 du rapport annuel sur la traite d’êtres humains dans le monde établi par le Département d’État américain. Il s’agit de la pire catégorie des pays considérés comme ne respectant pas les normes internationales et ne faisant pas d’« efforts importants » en matière de lutte contre l’esclavage moderne. Une mauvaise image pour l’Algérie qui l’exclut également de facto de nombreuses formes d’aides internationales attribuées par les États-Unis.

Bien que Madjid Bougherra ait affirmé que l’Algérie ne cherche pas à bénéficier de l’aide américaine, qualifiant l’aide actuelle de « très symbolique », des documents publics montrent que la firme Foley Hoag a effectué un lobbying actif auprès du bureau des droits de l’Homme du Département d’État, chargé d’établir le classement, indique Al-Monitor. La même source rapporte également que la firme de lobbying a rencontré, en décembre dernier, Susan Coppedge, ambassadrice chargée de la surveillance et de la lutte contre la traite d’être humaines, moins de deux mois après sa nomination à ce poste.

Actualité 10:37  mardi 9 août 2016 |

Comment l’Algérie cherche à renforcer sa relation avec les États-Unis

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