Les enjeux géostratégiques économiques, politiques et militaires au Maghreb, sous segment de l’Afrique

Cette contribution est la synthèse de la conférence à l’Institut français d’Oran le 22 octobre 2015 qui avait pour objet la présentation de deux ouvrages collectifs, sur les enjeux géostratégiques du grand Maghreb face à la mondialisation (1).

Par: Abderrahmane Mebtoul

1.-Ces deux ouvrages ont été coordonnés avec mon ami le docteur Camille Sari, Expert financier, enseignant à la Sorbonne, qui sont parus en premier lieu en Algérie à ma demande aux éditions Maarifa et qui viennent de paraitre courant 2015 aux Edition Harmattan à Paris et qui ont été présentés déjà au Parlement puis au Sénat français et au centre culturel algérien à Paris(1). Ils ont regroupé, pour la première fois 36 experts internationaux algériens, marocains, tunisiens, tunisiens, mauritaniens et libyens, -économistes-sociologues- juristes – politologues, militaires- sur le Maghreb face aux enjeux géostratégiques. Nous avons décidé de ne pas aborder la question du sahelSahara occidental dont la résolution devra être laissée aux institutions internationales, notre objectif étant de rapprocher les points de vue et éviter d’attiser les tensions, l’aspect culturel et économique étant déterminant. Les auteurs de cet ouvrage, par la diversité de leurs origines, la sociologique, linguistique et culturel richesse de leurs formations et leurs parcours ont tenté d’aborder tous les aspects qui entourent la construction maghrébine : l’histoire, la sociologie, le droit, les institutions, les problèmes sociétaux, l’immigration et les aspirations de la jeunesse, la relation avec l’Union européenne, les réglementations commerciales et douanières et bien entendu l’économie et la monnaie. Les défis sont nombreux et les obstacles ne sont pas à négliger. L’irrationnel, l’archaïsme, la défense des privilèges, la non prise en compte des aspirations populaires, sont les ingrédients d’un immobilisme anachronique à contre-courant de l’histoire. La mondialisation nous réserve de mauvaises surprises et les ressources minières ont une fin. Il est dans l’intérêt de cette région de relancer son co-développement économique et social par la création d’une Communauté Economique Maghrébine facteur de stabilité et de prospérité tant de la région euro-méditerranéenne qu’africaine comme le souligne mes amis le professeur Jean Louis GUIGOU Délégué de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (IPEMED) et l’Amiral jean DUFOURCQ ancien directeur général de la revue défense française , et devant favoriser le dialogue des cultures comme le montrent mes amis le professeur Mustapha CHERIF ancien Ministre algérien et Emile Malet président du Forum mondial du développement durable et ambassadeur français itinérant au Tchad , tous co-auteurs de ces ouvrages. Le premier ouvrage collectif s’intitule, quelle gouvernance et quelles institutions au Maghreb face aux enjeux géostratégiques. Il s’articule autour de deux parties : la première partie traite de questions stratégiques : quelle gouvernance, pour quelles institutions et la seconde le Maghreb face aux enjeux géostratégiques. Le second ouvrage collectif traite de l’intégration économique maghrébine, un destin obligé. Il est également scindé en deux parties, l’une traitant des économies maghrébines en quête d’un modèle de développement et la seconde l’intégration maghrébine, voies et défis.

2.-Quelle est la situation des économies maghrébines par rapport à l’économie mondiale ? Les économies maghrébines sont domines par la sphère informelle qui dépasse 50% de leur superficie économique La population mondiale est estimée à 7,35 milliards au premier juillet 2015 selon les Nations Unies alors qu’elle était estimée à 7 milliards au 31 octobre 2011, à 6,1 milliards en 2000, entre 1,55 et 1,76 milliard en 1900 et de 600 à 679 millions d’habitants vers 1700. Le PIB mondial à prix courant qui a connu une croissance inégalée depuis la révolution industrielle était de 77320 milliards de dollars en 2013 a été de 77.870 milliards de dollars en 2014, encore que pour toute comparaison fiable il faille avoir une méthode de calcul uniforme pour le PIB, l’expérience récente du Nigeria qui a changé de mode de calcul pour gonfler son PIB.. Au sein de es espaces pour une population en 2014 de 318,9 millions d’habitants les Etats Unis d’Amérique représente 18.287 milliards de dollars, l’Union européenne pour une population de 508 millions d’habitants 17.360 milliards d e dollars ces deux espaces pour une population de 11,65% représentant 46% du PIB mondial. La Chine pur une population de 1,35 milliards d’habitants et 1,37 y compris Hong Kong e Macao 11,37 milliard d’habitant (18,63% de la population mondiale) a un PIB de 11.285 milliards de dollars en 2014 soit 14,5% du PIB mondial, assistant à une percée entre 2010/2013 des pays émergents mais une décroissance depuis 2014 dont la Chine. Selon le Fonds monétaire international (FMI) dans un rapport publié en octobre 2014, en termes de parités de pouvoir d’achat (PPA) pour comparer les produits intérieurs bruts (PIB) chinois et américain rappelant que pour classer les pays selon la taille de leur PIB, on convertit les monnaies nationales en dollars. Il existe deux méthodes de conversion, soit au taux de change du marché (environ 6 yuans pour un dollar), soit en parité de pouvoir d’achat (autour de 3,7 yuans par dollar), en utilisant la première méthode ce dernier taux, résultat de calculs complexes, tenant compte du coût de la vie dans chaque pays : par exemple, le même montant en yuans permettra d’acheter un seul hamburger à New York contre deux à Pékin, le plus couramment utilisé, la Chine est restée en 2014 la seconde économie du monde, avec un PIB inférieur de 40 % à celui des Etats-Unis. Qu’en est-il des pays du Maghreb. ? En prenant toujours pour faciliter les comparaisons l’année 2014., l’ Algérie pour 38 millions d’habitants a un PIB toujours à prix courants estimé à 221 milliards de dollars, le Maroc pour 33,5 millions d’habitants un PIB de 114 milliards de dollars, la Tunisie qui a connu une décroissance forte 47 milliards de dollars pour une population de 11 millions d’habitants, La Libye dont la situations sécuritaire est déplorable pouvant exporter 2 millions de barils/jour alors qu’elle ‘n exporte actuellement entre 300.000/400.000 barils jour, pour 6,5 millions d’habitants un PIB de 41, milliards de dollars conte 49 en 2013 et 55 en 2012, et la Mauritanie pour 3,9 millions d’habitants 5,06 milliards de dollars. Pour une population totale de 93 millions d‘habitants en 2014, 1,26% de la population mondiale , le total du PIB maghrébin est d’environ 430 milliards de dollars y compris le phosphate marocain et le pétrole/gaz algérien et libyen ,l’Algérie représentant plus de 50% du PIB maghrébin montrant la marginalisation de cet espace où avec le temps qui ne se rattrape jamais en économie, toute Nation qui n’avance pas recule forcément , la non intégration faisant perdre au Maghreb chaque année 2/à 3% de taux de croissance selon la banque mondiale. A titre de comparaison la Grèce , malgré la crise pour 11 millions d‘habitants a un PIB en 2014 de 230 milliards de dollars contre 352 en 2010, la Belgique un PIB de 524 milliards de dollars pour une population de 11,18 millions ; la France pour une population au 01 janvier 2015 de 66,3 millions d’habitants un PIB de 2902 milliards de dollars , un PIB de 2848 pour la Grande Bretagne pour une population de 65 millions d’habitants , le , Japon un PIB de 4770 milliards de dollars pour une population de 127 millions d’habitants , l’Allemagne 3820 milliards de dollars pour une population de 80 millions d’habitants la Russie 2057 pour 146 millions d’ habitants milliards de dollars, l’Espagne 1400 de PIB ,pour 46,4 millions d’habitants , l’Italie un PIB de 2129 pour 61 millions d’habitants et la Corée du Sud 1449 milliards de dollars pour 51 millions d’habitants. Qu’en est-il de la compétitivité des pays du Maghreb ? Le rapport du Forum de Davos 2015-2016, relatif au classement mondial de la compétitivité pour 140 pays a été rendu public le 30 septembre 2015 par le World Economic Forum (WEF).où la suisse Singapour, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Finlande sont premiers et les derniers du classement sont la Guinée, le Tchad et la Mauritanie ( 138èmesur 140). Selon ce rapport, l’Algérie a perdu 8 places, passant du 79èmeau 87ème rang sur un total de 140 pays. L’Algérie se positionne à la 99ème en ce qui concerne le développement des institutions, 105ème pour l’ensemble de ses infrastructures, 119ème pour l’innovation,135ème pour le développement du marché financier et à la 81ème position pour la santé et l’éducation…La Tunisie est classée 92ème pays mondial sur 140 pays analysés en matière de compétitivité globale au classement Davos 2015/ 2016 classement perdant 60 places par rapport au classement 2010 et 5 places par rapport au précédent classement. Dans le rapport 2015/2016 sur la compétitivité dans le monde publié ce matin par le World Economic Forum (WEF), le Maroc perd de la vitesse. Le royaume stagne au 72ème rang mais régresse au niveau de son score, obtenant 4.17/, contre 4,21 dans le précédent rapport. Quatre poids lourds au Moyen Orient : l’Egypte pour une population de 87 millions d’habitants et 286 milliards de dollars a été classé 116ème, l’Iran pour une population de 78 millions d’habitants et un PIB de 404 milliards de dollars a été classée 74ème, Israël pour une population de 8 millions d’habitants et un PIB de 304 milliards de dollars a été classée 27ème.et l’Arabie Saoudite pour une population de 31 millions d’habitants et un PIB de 753 milliards de dollars a été classée 25ème. Pour l’Afrique, y compris l’Afrique du Nord, 1,2 milliard d’habitants, pour un PIB avoisinant 2600 milliards de dollars, nous avons deux grands pays, 350 milliards de dollars de PIB pour l’Afrique du Sud pour une population de 54 millions et le Nigeria 178 millions d’habitants (2014) pour un PIB selon la nouvelle méthode de calcul augmentation d‘environ 235 milliards de dollars donnant un total de 575 milliards de dollars pour 2014. Mais l’indice du développement humain est un outil pus fiable que le PIB global qui cache des disparités tant inter socio-processionnelle qu’interrégionale et renvoie tant à la gouvernance mondiale que locale qui doit être repensée. Ainsi le rapport 2014 intitulé « Pérenniser le progrès humain : réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience », analysant les vulnérabilités montre .que selon les mesures de la pauvreté basées sur les revenus, 1,2 milliard de personnes vivent avec un revenu inférieur ou égal à 1,25 dollar par jour. Les dernières estimations de l’Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) du PNUD révèlent toutefois que presque 1,5 milliard de personnes dans 91 pays en développement vivent en situation de pauvreté marquée par des carences cumulées en matière de santé, d’éducation et de niveau de vie et près de 800 millions de personnes risquent encore de basculer dans la pauvreté en cas de crise financière, naturelle ou autre. L’Algérie a été classé 93ème, le Maroc 129ème, la Tunisie 90ème, paradoxalement la Libye 55ème (population faible, fort revenu) et la Mauritanie 161èm.e.

3.-Qu’en est –il du Maghreb face à la problématique de la sécurité au Sahel et en Méditerranée ? Après les attentats en France, en Tunisie et au Koweït la presse internationale unanime parle « d’horreur, de barbarie et de terreur ». Je tiens à m’incliner à la mémoire des victimes et la meilleure réponse qu’on puisse donner à cet extrémisme fanatique c’est de rester fidèle aux valeurs de tolérance, d’humanisme et de liberté. Des stratégies d’adaptation qui interpellent tant l’Algérie sous continent de l’Afrique du Nord et plus globalement l’Afrique, les USA et l’Europe, objet de cette contribution qui relate en brève synthèse différentes rencontres internationales à sur ce sujet, auxquelles j’ai eu l’honneur de participer.

Mais pour cela s’impose en urgence un front social interne solide car le terrorisme étant une menace planétaire supposant une large coopération régionale et internationale. L’Algérie ne saurait à la fois supporter seul le fardeau financier avec la chute du cours du pétrole. Sur le plan diplomatique et sécuritaire, son audience sera forcément limitée à terme sans un véritable développement et une entente régionale. Espérons donc pour le devenir de l’Algérie que cette rente en voie d’épuisement soit déployée pour consolider le front social intérieur, réaliser un véritable développement loin de l’actuelle mentalité rentière, impliquant l’approfondissement des libertés, de l’Etat de Droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle. Différents thèmes et rencontres internationales sur les liens entre la sécurité et le développement renvoyant au fondement du terrorisme ont été abordés ces dernières années. Suite à l’invitation du parlement européen, j’ai donné une conférence à Bruxelles le 17 septembre 2013 sur les enjeux géostratégiques des relations Europe /Afrique via le grand Maghreb où ont été mis en relief l’urgence un co-développement pour une prospérité partagée afin de luter contre les tensions sociales qui engendrent la violence sous différentes formes. Le 27 décembre 2013, à Paris au siège de l’IFRI nous avons débattu d’un important ouvrage collectif publié sous la direction Maghreb/Moyen Orient» et «Afrique subsaharienne» (1) de l’Institut Français des Relations Internationales –IFRI- intitulé «le Maghreb et son Sud , en présence de plusieurs experts de renom civils et militaires dont Jean Pierre CHEVENEMENT et notamment sur le rôle stratégique de l’Algérie comme facteur de stabilisation de la région, sous réserve d’une entente régionale. Par la suite le 17 février 2014, à l’invitation de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français de l’Intérieur, de l’Éducation nationale et de la Défense, président de l’Association Algérie-France, en présence d’importantes personnalités (politiques, députés, sénateurs, experts internationaux) des deux rives de la Méditerranée en partenariat avec l’Union européenne, j’ai animé à cette occasion, au siège du Sénat français, une conférence sur le thème « face aux enjeux géostratégiques pour un co-partenariat entre le Maghreb et l’Europe, facteur de stabilité de la région » . Cela a été suivi d’une autre intervention lors d’une rencontre internationale en présence d’experts et de dirigeants européens, africains et magrébins à Rabat à l’invitation de l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA) » qui a organisé une rencontre internationale entre le 26/30 janvier 2014 sur le thème « l’Afrique doit réinventer son économie » en partenariat avec la Fondation Charles Léopold Mayer pour les progrès de l’Homme, l’African Innovation Foundation. Toutes ces rencontres ont mis en relief les dangers de la pénétration de l’islamisme radical à ne pas confondre avec l’Islam religion de tolérance avec des menaces réelles tant au Maghreb, en Afrique qu’en Europe. C’est que les relations entre les deux rives du Sahara et les dynamiques de la conflictualité saharienne actuelle interpellent l’Europe et les relations de toutes natures entre le Maghreb, l’Afrique subsaharienne sans oublier les conflits au Moyen Orient et dans certaines contrées en Afrique. Ont été analysés d’une manière opérationnelle en termes de géostratégie les impacts de l’effondrement du régime libyen, les conséquences pour la région de la sécession d’un Nord-Mali, l’importance des échanges économiques (formels et informels) et des échanges humains de part et d’autre du Sahara, les flux migratoires notamment des migrants subsahariens qui s’installent désormais dans les pays du Maghreb comme passage transitoire en attendant d’aller vers l’Europe. Ces analyses stratégiques de la première importance, du point de vue économique, militaire et politique, l’Afrique sont largement développées dans d’autres contributions et notamment dans les deux ouvrages cités précédemment. Pour Eric Denécé, Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, est clair sur l’origine de la situation présente: «il faut dire et répéter que le facteur déclenchant tout cela est l’intervention occidentale en Libye . Ce qui ne disculpe pas l’ancien régime fondé non pas sur des institutions mais sur des relations personnalisées qui explique l’effondrement actuel de l’Etat libyen et dont bon nombre d’Etat devraient tirer les leçons renvoyant part la mise en place d’un au processus démocratique. Pour le directeur du FBI, James Comey qui a affirmé le 14 novembre 2013 devant le Congrès «qu’Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) constituait une forte menace aux intérêts américains et occidentaux dans la région de l’Afrique du nord et du Sahel». Il a cité l’opération terroriste perpétrée contre l’installation pétrolière de Tiguentourine en Algérie (Illizi) ainsi que celles commises contre le consulat américain à Benghazi et la mine d’uranium exploitée par une société française à Arlit (Niger). Pour le directeur du Centre américain du contre-terrorisme, Matthew Olsen, dont les services dépendent du Directeur du renseignement national des Etats-Unis (DNI), devant la commission sénatoriale que si l’intervention militaire conduite par la France au Mali a permis de chasser AQMI et ses alliés des villes qu’ils contrôlaient auparavant, ces groupes arrivent, cependant, à trouver refuge dans les zones les moins peuplées du nord du Mali et continuent à commettre des attaques de représailles. Certes, face à la menace de l’insécurité et du crime organisé se sont établis des dialogues stratégiques entre Etats les Etats-Unis et Europe notamment considérant le Dialogue stratégique dans les domaines politique, économique, culturel, scientifique et sécuritaire, est le moyen le plus efficace afin de lutter contre le terrorisme international.

4.- Le développement d de l’Algérie et d’une manière générale du Maghreb et de l’Afrique, continent à enjeux multiples, sans oublier les acteurs majeurs qui sont les USA et la Chine fortement présents en Afrique, supposant une symbiose du trio Europe/Usa/Chine loin de la vision mercantile purement commerciale se fondant sur un co-développement qui horizon 2030/2040 devrait être la locomotive de l’économie mondiale, sous réserve d’une meilleure gouvernance, de sous intégrations régionales et la valorisation de la connaissance, permettant une économie productive dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux, conditionne la stabilité de l’Europe et de la région, évitant ces images désolantes d’immigrations massives. C’est que notre région connait actuellement et devrait connaitre dans les années à venir d’importants bouleversements géostratégiques, tant sur le plan militaire, politique, qu’économique, l’aspect sécuritaire étant déterminant car aucun développement n’est possible sans la sécurité condition de la stabilisation de la région, comme je viens de la rappeler lors d’une conférence le 15 mai 2015 à l’invitation de la direction générale de la sureté nationale DGSN et par le passé los d’une conférence à l’Académie Interarmes de Cherchell devant les élèves officiers. En effet, aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains États. Or, les défis collectifs nouveaux, sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydrauliques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. C’est que la lecture que font les experts en stratégie des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés repose essentiellement sur la nécessité de développer ensemble une stratégie collective de riposte concernant notamment le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchissement d’argent. L’Algérie qui partage des frontières terrestres avec ses 7 pays voisins : la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, la Tunisie et le Sahara occidental pour un total de 6 343 km a déployé une véritable task-force pour sécuriser ses frontières pour faire face à l’instabilité chronique de l’autre côté des frontières et dont les événements récents confirment la continuelle aggravation. L’ANP et les services de sécurité se déploient actuellement le long des frontières et effectuent régulièrement des opérations de ratissage avec une couverture aérienne qu’assurent des pilotes de la gendarmerie et de l’ANP et ce dans le cadre d’une coopération étroite avec les pays limitrophes, l’Europe dont la France et les Etats Unis d’Amérique car la menace terroriste est une menace planétaire. C’est pourquoi , il est admis aujourd’hui par l’ensemble de la communauté internationale tant de la part des Etats Unis d’Amérique, de la CEE , que des puissances militaires comme la Russie et la Chine que l’Algérie qui a une longue expérience dans la lutte anti-terroriste, ayant payé un lourd tribut, jadis confronté seule à ce fléau , est un acteur majeur dans la stabilité de la région. Il est reconnu que l’Algérie, pesant 40% du PIB maghrébin, et ayant une longue expérience de la lutte contre le terrorisme est un acteur incontournable de la stabilité de la région. Aussi quitte à me répéter, la sécurité et la stabilisation de la région Maghreb et Afrique suppose une large coopération internationale, posant l’urgence de l’intégration du grand Maghreb et d’une manière générale du sous intégrations régionales du continent Afrique. Ces différentes stratégies d’adaptation au nouveau monde ont été développés lors d’une rencontre internationale des experts le 04 décembre 2013 à Paris, en marge du sommet des 06/07 décembre 2013 à laquelle j’ai participé. La résolution finale a mis l’accent sur l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens –américains du fait que la région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d’armes ou la drogue, menaçant la sécurité régionale et par ricochet l’Europe et les USA. La résolution finale avait mis en relief l’urgence d’une coopération tant africaine que mondiale dans la lutte contre la criminalité transnationale nécessitant une amélioration des bases de données afin de lutter efficacement contre le crime transfrontalier et le terrorisme. Ont été mise en relief la nécessité de lever les contraintes du fait que la corruptibilité générale des institutions pèsent lourdement sur les systèmes chargés de l’application des lois et la justice pénale en général qui ont des difficultés à s’adapter aux nouveaux défis posés par la sophistication des réseaux du crime organisé. La collaboration inter-juridictionnelle est ralentie par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment en Afrique du Nord et en Afrique noire. De plus, la porosité des frontières aussi bien que la coordination entre un grand nombre d’agences chargées de la sécurité aux frontières posent de grands problèmes. À terme, la stratégie doit viser à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes. Mais sans la résolution politique de la situation au Moyen orient supposant une paix durable entre la Palestine avec un Etat fiable et Israël , en Syrie, en Irak et en Libye, les choses risquent de ne pas évoluer favorablement et risquent de déstabiliser l’ensemble des pays du Maghreb et de l’Afrique. L’erreur stratégique des nouveaux dirigeants libyens après la chute du régime Kadhafi a été d’essayer de construire un Etat jacobin centralisé, loin des spécificités régionales, pour un partage équitable de la rente, comme je l’avais signalé à l’ambassadeur libyen lors d’une conférence à Malte organisée par l’Union européenne en avril 2012, qui m’avait annoncé que plus de 60 milliards de dollars n’étaient plus recouvrables étant déposés sur des comptes anonymes ou personnalisés. Kadhafi disparu, ce pays n’ayant jamais eu d’Etat au sens proprement dit, des centaines de milliers, dont 15 000 missiles sol-air étaient dans les entrepôts de l’armée libyenne, puis ont équipé les rebelles au fur et à mesure de leur avancée dont une partie a été accaparée par différents groupes qui opèrent au Sahel, puis par d’autres groupes terroristes venus d’autres régions. Cependant à la lumière des derniers attentats en Europe, il y a lieu d’éviter des déclarations hâtives de verser dans la xénophobie qui alimente le discours des extrêmes, car l’Islam autant que toutes les grandes régions monothéistes le judaïsme, le christianisme sont des religions qui prêchent la paix et la tolérance. Ce qui se passe actuellement ne saurait en aucune manière refléter les idéaux de l’Islam. Aussi, Daech », organisation fondamentaliste ne saurait donc référer les idéaux de l’Islam profilant tant d’une crise tant morale au niveau de certains dirigeants que de l’accroissement de la misère tant en Occident qu’en Orient. C’est que la résolution de ce mal implique de s’attaquer à l’essence (un co-développement) et non aux apparences. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand et tandis que l’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesse, l’éducation, la santé et la mobilité sociale sont toutes menacées dont les conséquences pernicieuses du chômage avec des cicatrices profondes, spécialement parmi la jeunesse notamment avec une génération qui commence sa carrière dans un désespoir. Cela a un impact sur les questions de sécurité, d’où l’importance d’une communication intelligente, passant par un langage de vérité de ceux qui dirigent la Cité et surtout leur moralité comme l’a démontré avec minutie Ibn Khaldoun car les ajustements sociaux seront douloureux à venir, et ce loin des discours populistes dévastateurs, démobilisateurs qui ne portent plus. Les études internationales montrent qu’il y a maintenant un consensus croissant selon lequel la région (Mena, Proche-Orient et Afrique dont le Maghreb) est à l’orée d’une période d’incertitude croissance, aux racines ancrées dans la polarisation de la société. Une étude du Forum économique mondial – WEF- du 14 novembre 2013 révèle que fortement secoués depuis deux ans par des crises politiques à répétition, les pays d’Afrique du Nord et l’Afrique noire, sont à l’aube d’une crise majeure et sont une source d’inquiétude, ces pays traversant une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership. La future stratégie énergétique mondiale reposant sur un Mix énergétique, et le partage mondial des ressources en eaux, l’or bleu, dont la rareté deviendra de plus en plus aigue, pouvant entrainer des guerres, avec le réchauffement climatique, (l’ONU prévoyant une sécheresse sans pareil horizon 2025 en Afrique du Nord) seront les facteurs géostratégiques déterminants en ce XXIème siècle d’où l’importance de la réunion qui se tiendra avant la fin de l’année à Paris. Tout cela interpelle à plus d’un titre l’Algérie gouvernants et gouvernés.
ademmebtoul@gmail.com

(1) « Conférence du professeur Abderrahmane MEBTOUL- Institut Français d’Oran le 22 octobre 2015, relative aux ouvrages sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul et du Docteur Camille Sari de la Sorbonne auxquels ont participé 36 auteurs maghrébins et européens – parues aux éditions Harmattan 2 tomes (980 pages) « Le Maghreb face aux enjeux géostratégiques » dont je tiens à remercier pour leur aimable invitation Monsieur le consul général de France à Oran et la directrice de l’Institut Français – Mme Béatrice BERTRAND. D’autres conférences de l’auteur sur les sujets géostratégiques socio-économiques, politiques et sécuritaires) sont prévues au niveau des grandes écoles militaires algériennes- fin octobre et courant novembre/décembre 2015

Biographie sommaire

Professeur des Universités, Abderrahmane Mebtoul, ancien émigré ayant effectué ses études primaires, secondaires, une fraction du supérieur à Lille( France ) – Expert international – Docteur d’Etat en sciences économiques (1974) – officier d’administration à la route de l’unité africaine- (1972/1973) -Directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2006- ancien magistrat- premier conseiller -directeur général des études économiques à la Cour des comptes (1980/1983) président du Conseil algérien des privatisations -rang Ministre Délégué- (1996/1999) –Directeur d’Etudes au cabinet de la sureté nationale- DGSN – (1997/1998) expert au conseil économique et social 1995/2007- Expert à la présidence de la république 2007/2008- Expert auprès du premier ministre ( de janvier 2013 à ce jour).Auteur de 20 ouvrages et de plus de 500 contributions nationales et internationales, dont plusieurs direction d’études à l’ Institut Français des Relations Internationales – IFRI- Membre de plusieurs organisations internationales (USA/ commission Europe Bruxelles ). Pour l’année 2015-, le professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL (Algérie), après sa nomination comme membre du conseil scientifique de la revue panafricaine CAFRAD dépendante des Nations Unies (février 2015) ,- membre du conseil scientifique de la revue internationale « Passages (juin 2015) spécialiste des questions énergétiques que dirige E.H Malet président du forum mondial du développement durable et ambassadeur itinérant au Tchad France, – le professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL de l’université d’Oran a été désigné le 16 septembre 2015 correspondant de la revue internationale LA VIGIE revue bimensuelle spécialisée bimensuelle dans les analyses de stratégique géopolitique et de la stratégie militaire (Paris France) dont le rédacteur en chef est l’Amiral Jean DUFOURCQ.

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